UNISDA
Union Nationale pour lInsertion Sociale des Déficients Auditifs
Membre de la commission permanente du CNCPH
Porte-parole du comité dentente
Projet de loi « égalité des droits et des chances, participation et citoyenneté des personnes handicapées ». Deuxième lecture à lAssemblée nationale.
Commentaires de lUNISDA
LUNISDA et ses associations membres ont suivi avec intérêt les modifications apportées au projet de loi « égalité des droits et des chances, participation et citoyenneté des personnes handicapées » lors de la deuxième lecture sénatoriale.
À la veille de la seconde lecture par lAssemblée nationale, nous souhaitons attirer votre attention sur un certain nombre déléments de ce texte qui appellent, à notre sens, quelques précisions ou modifications.
Ensemble du texte
En ce qui concerne léconomie générale du texte, notre position reste la même depuis la présentation de lavant-projet de loi du début de lannée 2004. Nous regrettons que le gouvernement ait fait le choix dune loi sur les personnes handicapées et non sur les situations de handicap. La définition du handicap qui est proposée, même en tenant compte de lenvironnement, ne permettra pas de cadrer avec efficacité les politiques publiques des années à venir en matière de handicap.
Aussi, nous souscrivons à lavis adopté par le CNCPH le 1er décembre 2004 et partageons également les remarques formulées par le Collectif des 25, notamment en ce qui concerne la définition du handicap.
Par ailleurs, lUNISDA fait siennes les demandes du CLAPEAHA concernant les besoins des personnes concernées par les handicaps associés.
Accessibilité
La suppression du Titre V relatif aux compétences professionnelles a eu pour conséquence de supprimer larticle 36 qui prévoyait la reconnaissance de la spécificité de laccompagnement des personnes sourdes ou malentendantes. Laccessibilité de linformation doit parfois passer par lintervention daides humaines spécifiques : interprètes en Langue des Signes Française, codeurs en langage parlé complété, techniciens de lécrit. Ces interventions peuvent être nécessaires ou souhaitées pour tous les types de situation de communication ou de réception de linformation (guichets des services publics et établissements recevant du public ; formation scolaire, universitaire et professionnelle ; insertion professionnelle ; examens ; justice ; santé ; établissements recevant du public ; vie sociale, etc.). Ce sera dailleurs lun des enjeux du nouveau droit à compensation puisque, après évaluation des besoins de la personne sourde ou malentendante, il devra permettre le recours à ces intervenants.
Le titre V a été supprimé à la faveur dun « plan métiers liés au handicap » qui devra permettre lorganisation de ces professions.
Mais, au-delà de la question des compétences professionnelles, lancien article 36 présentait également lintérêt de prévoir la possibilité pour les personnes sourdes ou malentendantes de recourir à ces aides spécifiques et nécessaires. Cest pourquoi lUNISDA demande que soit réintégrée dans le texte la référence à ces différents types daides humaines, référence qui fera autorité sur lensemble de la loi. Dans la version actuelle du texte, cette référence reste partielle et ne concerne que quelques situations.
Les besoins et demandes des personnes sourdes ou malentendantes en la matière sont divers puisquils correspondent à des parcours, à des possibilités et/ou à des choix différents. LUnisda insiste sur limportance du respect de cette diversité. Nous demandons donc au législateur de ne pas faire référence à un type daide sans mentionner les autres.
Sur la même question, lUnisda regrette la suppression par le Sénat de plusieurs articles qui répondaient pourtant aux besoins du public sourd ou malentendant en matière daccessibilité des lieux recevant du public et des logements.
Nous demandons que soit réintégré lancien article 26A qui a été écarté car jugé redondant avec les dispositions de larticle 21. Nous ny voyons, au contraire, pas de redondance mais bien une précision nécessaire.
Nous tenons également au retour de larticle 32 octies (« Les personnes déficientes auditives bénéficient d'une traduction écrite simultanée et/ou visuelle systématique de toute information orale ou sonore selon des modalités fixées par voie réglementaire »), supprimé par le Sénat qui considérait sa portée trop générale. Il est nécessaire de donner une définition de laccessibilité pour les personnes sourdes ou malentendantes, afin que les décrets puissent en tenir compte. Il nest pas possible de décliner cette définition à chaque étape de la loi prévoyant laccessibilité de telle ou telle situation, il convient donc de la prévoir en amont. Lintérêt de cette définition, comme pour les aides humaines spécifiques, est dassurer à chaque personne sourde ou malentendante une accessibilité en fonction de son besoin. Un interprète en Langue des Signes Française ne répondra pas aux attentes dune personne sourde ou malentendante qui privilégie la compensation par lécrit, comme linstallation dune boucle magnétique napportera strictement rien à une personne non appareillée.
Larticle 25 évoque laccessibilité des services de communication publique en ligne. LUnisda demande quy soit intégrée laccessibilité des communications téléphoniques avec les administrations (services vocaux dinformation, appels vers les numéros durgence et les administrations), un décret en précisant les modalités. Les personnes sourdes ou malentendantes se trouvent régulièrement en situation de handicap face au téléphone.
Scolarité
LUnisda adhère aux remarques de la commission 3 du CNCPH. Elle regrette ladoption par le Sénat de lamendement introduisant la notion de « troubles » pouvant remettre en cause un choix dintégration scolaire et sinquiète des conséquences de son application si ce choix était confirmé par les députés.
Le Sénat a complété larticle 6 en intégrant le texte complet du nouvel article L. 112-2-2 du Code de léducation relatif au choix du mode de communication pour léducation des jeunes sourds. LUNISDA approuve le choix du législateur de transférer lancien article 33 de la loi de 1991 dans ce Code.
Il sagit de garantir aux jeunes sourds et à leurs parents la liberté de choix entre une communication bilingue (langue des signes et langue française) et une communication en langue française.
Toutefois, la rédaction actuelle (et le décret en vigueur) restreint le cadre de ce choix aux seuls établissements spécialisés. Or, cette liberté de choix doit être garantie, quel que soit le cadre scolaire choisi, donc également dans le cadre dune intégration scolaire en milieu ordinaire. LUNISDA souhaite que cette précision soit apportée au texte, mais aussi que le législateur veille à ne pas privilégier un projet scolaire ou un mode de communication par rapport à un autre. Par ailleurs, la réécriture du décret devra permettre de tenir compte de la reconnaissance de
Programmes TV
Une nouvelle fois, lUNISDA apprécie que la future loi intègre lobligation qui sera faîte aux chaînes de télévision de rendre accessibles leurs émissions. Les chaînes publiques devront assurer cette accessibilité sur la totalité de leurs programmes dans un délai de cinq ans. Les chaînes privées (hertziennes et câble/satellite) devront lassurer dans des « proportions substantielles » et lorsquelles atteignent 2,5% daudience, elles devront également lassurer en totalité.
En ce qui concerne les chaînes du câble et du satellite, lUNISDA attire lattention du législateur sur le fait que le seuil de 2,5% daudience nest atteint par aucune chaîne et quil y a très peu de chances que ce soit un jour le cas, de par la multiplication prévisible de ces chaînes.
En ce qui concerne les chaînes privées hertziennes, les audiences réalisées aujourdhui par certaines dentre elles risquent également dêtre réduites avec lintroduction de nouvelles chaînes dans le champ hertzien dans le cadre du lancement de la Télévision Numérique Terrestre (TNT).
Aussi, cette rédaction qui paraît ambitieuse aujourdhui pourrait devenir moins intéressante voire trompeuse dans les années à venir, ce qui nest a priori pas le but de cette loi.
Dautre part, si lobligation porte sur le sous-titrage des émissions, il faut également prévoir le développement du recours à la Langue des Signes Française pour les publics dont il sagit du mode de communication privilégié.
Concrètement, il sagit de pouvoir proposer des traductions simultanées en Langue des Signes (exemple des séances de questions au gouvernement diffusées sur France 3) mais aussi de présenter certains programmes directement en Langue des Signes (exemple de « lil et la main » sur France 5). Les exemples existants, pourtant convaincants, sont bien trop insuffisants au regard du réel besoin. Or, laccès à linformation doit être garanti pour tous, quel que soit le mode de communication privilégié. LUNISDA demande quun engagement en la matière soit inscrit dans le texte de loi, au minimum pour les chaînes du service public.
Ces deux possibilités, sous-titrage et Langue des Signes, sont complémentaires et en aucun cas opposés.
Reconnaissance de la Langue des Signes Française
LUNISDA se félicite de lavancée considérable apportée par la reconnaissance de la langue des signes à larticle 32 quinquies. Ce nouvel article répond à une forte demande des personnes sourdes privilégiant ce mode de communication. Cette étape permettra son enseignement et devrait contribuer à répondre à une demande forte des personnes sourdes privilégiant la communication gestuelle. Toutefois, la rédaction proposée appelle quelques précisions.
Il convient de distinguer lenseignement de la Langue des Signes et lenseignement en Langue des Signes. Ces deux éléments ont toute leur importance et doivent être prévus. Le premier, et cest dailleurs lobjet de cet article, permettra le second, notamment dans le cadre du nouvel article L. 112-2-2 du Code de léducation (voir le paragraphe Scolarité). LUNISDA rappelle, bien entendu, quil sagit là dun choix possible parmi dautres et que toutes les personnes sourdes et leurs familles doivent avoir la garantie de recevoir les moyens nécessaires à leur choix en la matière, quel quil soit.
Dautre part, cette reconnaissance est prévue dans le cadre du Code de léducation. Aussi, sil est bon de prévoir que la diffusion de la Langue des Signes Française dans ladministration sera facilitée, ce nest a priori pas du ressort de ce Code de léducation. LUNISDA demande au législateur de bien vouloir prévoir cette disposition positive dans un nouvel alinéa afin que son effectivité soit garantie.
Par ailleurs, pour faire écho à différents textes européens, ce nouvel alinéa pourra être complété dune disposition visant à également favoriser la diffusion de la Langue des Signes Française sur les chaînes publiques de télévision.
Information sur la surdité
La spécificité du handicap auditif a conduit les Pouvoirs publics à mettre en place, il y a quelques années, les Centres dInformation sur la Surdité (CIS), au niveau régional. Ils ont pour mission dinformer le public sur la surdité dans un cadre neutre et répondent à une demande très forte de la part de tous les acteurs concernés par la surdité. Aujourdhui financés par les DRASS, ils prévoient la participation de lensemble des associations à la définition de linformation qui y est diffusée.
LUNISDA demande que lintervention de ces Centres dInformation sur la Surdité soit confirmée par la loi afin de renforcer leur mission complémentaire, par exemple, de celle des futures maisons départementales du handicap.
CONSOMMATION ET INFORMATION DU CONSOMMATEUR
LUNISDA souhaite que la loi prenne en compte la nécessité dinformer les personnes handicapées sur la possibilité dutiliser ou non des produits dusage courant, usage qui nest pas toujours possible du fait du handicap (exemple en ce qui concerne le handicap auditif : téléphones non compatibles avec les prothèses, magnétoscopes qui nenregistre pas le sous-titrage, etc.). Le Code de la Consommation doit prévoir une obligation dinformation du consommateur.
Dautre part, cette information du consommateur rend indispensable le sous-titrage des spots publicitaires diffusés à la télévision.
Mais pour que ladaptation aux handicaps de ces produits dusage courant et des services soit aussi effective, il faut également prévoir, toujours dans le Code de la Consommation, une information des entreprises sur les besoins spécifiques des personnes handicapées et la consultation des associations représentatives de personnes handicapées avant leur mise sur le marché.